The Shaking
of
Adventism

by

Geoffrey   J.   PAXTON

L'Adventisme

ébranlé

par

Geoffrey   J.   PAXTON

Baker Book House

Grand Rapids, Michigan, 1977

G.E.R.B.

Saint-Étienne, 1982


Quatrième de couverture

Adventisme et justification : Une crise décisive

Geoffrey J. Paxton, pasteur anglican et théologien réformé, examine l'adventisme du 7e jour dans une perspective nouvelle et passionnante. Il ne se livre pas à une polémique superficielle ni ne s'attarde à des problèmes secondaires. Avec Luther il croit que si l'article de la justification par la foi se perd, c'est tout l'enseignement chrétien qui se perd avec lui.

Paxton écrit en critique bienveillant, son livre remarquablement documenté et unique en son genre, découvre l'esprit véritable de l'adventisme, une histoire qui étonnera tout protestant évangélique ou adventiste réfléchi.

La crise qui secoue aujourd'hui l'adventisme sur le sujet de la justification par la foi, et qui ébranle ses structures théologiques, est considérée par Geoffrey Paxton comme un signe de la Grâce à l'œuvre parmi les adventistes, une grâce si précieuse que les diverses communautés chrétiennes à la recherche d'un réveil spirituel devraient s'écrier à leur tour : « Que la grande vérité de Paul et des Réformateurs nous saisisse et nous secoue aussi ! ».




    I. L'Adventisme et la Réformation

  1. Les Adventistes : Héritiers de la Réformation
  2. L'enseignement fondamental de la Réformation
  3. II. L'Adventisme et la Réformation avant 1950

  4. Après un départ de mauvais augure : 1844-1888
  5. Une tentative de percée : 1888-1950
  6. III. L'Adventisme et la Réformation après 1950

  7. Après un départ de bon augure : les années 1950
  8. Conflit et progrès : les années 1960
  9. Progrès et régression : les années 1970




Partie I.

L'Adventisme et la Réformation


Introduction

Non, ce livre n'est pas une étude critique de l'adventisme, c'est davantage un effort pour comprendre le cœur même de ce mouvement, sa prétention à être choisi par Dieu comme véritable héritier de la Réformation, appelé à proclamer le message de l'Évangile dans les derniers jours.

Dans notre première partie, nous montrerons en quel sens l'adventisme se croit héritier des Réformateurs, puis nous mettrons en lumière l'enseignement fondamental de la Réformation par lequel nous évaluerons l'affirmation adventiste. L'Évangile et l'adventisme avant 1950 sera l'objet de notre seconde partie. Nous ne nous y attarderons pas outre mesure car ce sont les développements récents qui nous intéressent particulièrement. Nous ne retiendrons de cette période que ce qui est significatif pour notre époque.

Évangile et adventisme de 1950 à nos jours, sera la plus importante partie de notre étude, chacune des trois dernières décennies coïncide avec les étapes de l'évolution récente de l'adventisme. Nous laisserons les faits parler d'eux-mêmes, pour réserver nos réflexions et évaluations personnelles lors de la conclusion. Le lecteur sera peut-être surpris de ce que nous ne nous sommes pas attardés sur ce qu'Ellen G. White dit de la justification (1). Il nous a paru plus utile de considérer comment en particulier en Amérique du Nord et en Australie, l'adventisme se réfère à l'Évangile et à la Réformation. Les adventistes eux-mêmes se servent tous de Madame White pour soutenir leurs compréhensions divergentes de l'Évangile, ce n'est pas à nous de résoudre un problème aussi complexe. Pour un protestant, les différentes approches de l'Évangile au sein de l'adventisme sont bien plus riches d'enseignements que de se demander si telle ou telle compréhension de l'Évangile est conforme à ce qu'en a dit Ellen G. White. Un certain nombre de notes de bas de pages doivent permettre au lecteur de vérifier le bien-fondé de nos déclarations. Par cet ouvrage, nous souhaitons analyser le cœur ou la raison d'être de l'adventisme et non ses particularismes, sans pour autant nier leur importance pour une étude qui se voudrait exhaustive.

(1) Madame Ellen Gould White (1827-1915) collabora à l'établissement de l'Église adventiste du septième jour au milieu du siècle passé. Elle est reconnue par les adventistes comme « servante du Seigneur » douée du charisme prophétique. Elle fut guide et conseillère d'une église à la recherche de son identité.




1. Les Adventistes : Héritiers de la Réformation

Les adventistes sont souvent mal compris, et cela pour plusieurs raisons qui ne sont pas toujours faciles à déterminer. Cependant quelles que soient ces raisons, la plupart des critiques de l'adventisme n'ont pas abordé la question centrale : sa raison d'être, le cœur même de l'adventisme ; c'est ce qui explique que les adventistes ne se reconnaissent pas en général dans ces critiques. L'idée selon laquelle l'adventisme ne serait guère mieux qu'une secte non chrétienne ne correspond pas à la réalité ; le mouvement adventiste avec la plupart des Églises chrétiennes, enseigne la Trinité, la divinité du Christ, la naissance virginale, la vie sans péché et le sacrifice expiatoire du Christ sur la Croix, sa résurrection corporelle et son ascension à la droite du Père : ce n'est certes pas là le credo d'une secte non chrétienne. De plus, les adventistes croient au salut par grâce au moyen de la foi seule avec autant de ferveur que la plupart des évangéliques ; ils croient en la sanctification par l'action intérieure du Saint-Esprit, et au prochain retour de Jésus en puissance et en gloire. Quelle que soit notre critique de telle ou telle « doctrine particulière » de l'adventisme, nous devons d'abord reconnaître qu'il s'agit d'un mouvement chrétien.

On entend parfois dire que les adventistes enseignent le salut par l'observation du sabbat, je n'ai jamais entendu un seul d'entre eux dire une telle chose ; les adventistes ne croient pas davantage être acceptés par Dieu parce qu'ils observent le sabbat que parce qu'ils sont monogames ! Ceux qui reconnaissent les adventistes comme chrétiens, les accusent souvent de donner trop d'importance aux choses secondaires, ceux qui ont prêté le flanc à une telle accusation, il faut le dire, appartiennent à la périphérie de l'adventisme. Nous verrons en regard de ce que l'adventisme considère comme sa mission dans le monde, combien une telle accusation est loin de la réalité.

Ce que l'Adventisme considère comme sa mission particulière

Qu'est-ce que le mouvement adventiste considère comme sa mission particulière, sa raison d'être ? Les adventistes s'estiment héritiers de la Réforme, ils se considèrent comme les vrais protestants. Au jour où bien d'autres chrétiens refusent l'héritage du seizième siècle, les adventistes au contraire sont fiers d'appartenir à une tradition protestante, ils se considèrent comme les fils spirituels de Luther et de Calvin. Et ce n'est pas tout, cette affirmation n'est que le prélude d'une prétention bien plus grande encore. Pour nous chrétiens Réformés évangéliques, c'est déjà une surprise d'entendre les adventistes affirmer leur relation privilégiée et unique avec la Réformation, mais ils vont plus loin encore quand ils se disent appelés par Dieu à proclamer le message de la Réformation comme aucun autre chrétien ni aucune autre dénomination chrétienne n'est capable de le faire. Dans leur optique, le peuple adventiste est tout spécialement désigné par Dieu comme héritier des Réformateurs, ce n'est que par l'église adventiste que l'œuvre commencée par la Réformation atteindra son but final. Il est évident qu'une telle prétention ne peut être admise sans un sérieux examen. Pour les adventistes, le témoignage le plus prestigieux est certainement celui d'Ellen Gould White, elle décrit le mouvement adventiste comme la continuation de l'œuvre de Luther et Calvin, et au-delà d'eux, comme la poursuite de l'œuvre de l'apôtre Paul.

Dans son ouvrage La Tragédie des Siècles, Madame White dépeint le grand conflit entre Dieu et Satan, qui des précurseurs de la Réformation - Huss et Wiclef en particulier - s'étend aux Réformateurs dans leur opposition avec Rome, aux Puritains et à Wesley, pour en arriver au mouvement adventiste lui-même. C'est ainsi que Madame White écrit :

Les Vaudois témoignèrent pour Dieu plusieurs siècles avant la naissance de Luther ; dispersés en plusieurs pays, ils jetèrent les bases d'une Réforme qui commencée aux jours de Wiclef, gagna en étendue et en profondeur aux jours de Luther, et devra se poursuivre jusqu'à la fin des temps. Cette œuvre sera accomplie par des hommes disposés eux aussi, à tout endurer pour la « Parole de Dieu et le témoignage de Jésus » (Ap. 1:9) (1).

Un sujet fréquemment évoqué dans les écrits et la prédication adventistes est la continuation de la Réformation ; ainsi Madame White déclare : « La Réforme n'a pas pris fin avec Luther comme beaucoup le supposent, elle doit se poursuivre jusqu'à la fin de l'histoire de l'humanité. Luther avait une grande tâche... » (2) Ainsi la Réformation ne s'acheva pas avec Luther, mais elle arrivera à son terme par le mouvement adventiste - c'est ainsi en tout cas que les adventistes justifient leur existence. Ils sont disposés à relever le défi lancé par Dieu, et à tout endurer pour la « Parole de Dieu et le témoignage de Jésus » comme l'ont fait leurs prédécesseurs.

Pour Madame White, Luther a bien mis en relief la doctrine de la justification par la foi, (3) mais il n'a rien inventé ni innové : « Christ était protestant... Luther et ses disciples n'ont pas inventé la religion réformée, ils l'ont simplement acceptée telle que l'ont enseignée Christ et les apôtres ». (4) Par de telles déclarations, Madame White ne considère ni son ministère ni celui de l'adventisme comme un phénomène religieux récent, le mouvement a simplement mission de transmettre le flambeau de l'Évangile éternel reçu des mains des Réformateurs. W. Prescott confirme ce point de vue de Madame White ; au début du siècle il fut éditeur d'une publication adventiste ayant pour titre The Protestant Magazine. A l'heure du modernisme théologique et du déclin spirituel, les adventistes se considèrent comme les gardiens de l'héritage protestant. Dans cette revue on peut lire :

Le protestantisme a perdu de vue ses principes fondamentaux, il a laissé la philosophie humaine supplanter la vérité, il a donné l'occasion à l'Église de Rome d'affirmer que la Réformation n'était qu'illusion, et que le roc inébranlable de la vérité se trouvait dans la communion romaine (5).

Les éditeurs de cette revue n'ont pas jugé nécessaire de s'excuser auprès de leurs lecteurs de l'avoir qualifiée de protestante, c'est la preuve qu'ils se considèrent bel et bien comme protestants ; ils justifient leur titre en faisant remarquer que les temps exigent une telle protestation. Ils vont même jusqu'à rappeler la protestation des princes à la diète de Spire en 1529 pour expliquer la tendance de leur journal (6). Dans son ouvrage The Hour of God's Judgment, Carlyle B. Haynes intitule un chapitre : « L'Achèvement de la Réformation » (7). 1l suit la même ligne de pensée que Madame White. La grande lumière de l'Évangile confiée aux Réformateurs a été transmise au petit groupe adventiste en 1844 au travers des Puritains et de John Wesley (8). La mission de porte-flambeau confiée en 1844 aux adventistes est ainsi définie :

... en 1844, le moment était venu pour la proclamation du plein Évangile. Si la prophétie de Daniel 8 s'est accomplie, selon ce que nous croyons, cela signifie qu'à partir de 1844, nous devons chercher un mouvement chargé d'un message qui non seulement poursuivra et complétera l'œuvre de la Réformation, mais qui fera à nouveau connaître aux hommes les vérités que la théologie du Moyen Age avait si souvent obscurcies ou contrefaites. Pour proclamer ce message au monde, il était nécessaire que Dieu suscite un mouvement et un peuple nouveau, séparé des églises établies qui ont refusé de marcher sous les rayons d'une lumière toujours plus éclatante (9).

Les auteurs qui ont critiqué le mouvement adventiste n'ont en général pas tenu compte de cette prétention. On ne peut saisir l'adventisme en profondeur tant qu'on n'a pas compris l'importance de ce facteur. L'un des théologiens les plus respectés parmi les adventistes fut LeRoy Edwin Froom. Il enseigna l'histoire de la théologie à Andrews University dans le Michigan, fut l'auteur d'ouvrages appréciés tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'adventisme (10). Froom s'insurgea contre l'idée que le mouvement adventiste n'était qu'une secte, et il s'efforça d'en démontrer l'orthodoxie. Dans une étude résumant ses quatre volumes de Prophetic Faith of Our Fathers, publiée dans le livre Our Firm Foundation, Froom a essayé de montrer que l'interprétation prophétique adventiste n'innovait pas, mais rétablissait la position historique des Réformateurs. Il écrit :

Dans ces derniers jours, au sein du reste du peuple de Dieu, nous sommes appelés non seulement à reconstruire l'édifice de la Réformation, mais à restaurer en même temps les structures de l'Église primitive, conformément au plan de Dieu. Nous sommes aussi appelés à remettre en valeur certaines vérités laissées de côté par les Réformateurs. Nous devons ainsi de nos jours rassembler les éléments de l'édifice que les ennemis de la Réformation ont dispersés. En plus de cette double tâche, nous avons à compléter l'édifice, poursuivre jusqu'au bout l'œuvre déjà commencée jusqu'à l'achèvement de la construction (11).

Pour Froom, l'adventisme doit...

restaurer les fondations et non établir un nouveau système. Sa mission ne doit pas être isolée des efforts accomplis par ceux qui, autrefois ont participé à l'édification de l'édifice prophétique... nous devons reconstruire sur les fondations et les structures posées par « bien des générations » selon le plan préétabli par Dieu. C'est là la mission impérieuse confiée au mouvement adventiste (12).

Les adventistes se croient d'une manière particulière les héritiers de la Réformation, c'est ce qui fait dire à Froom : « Les projecteurs d'un monde désireux de connaître la lumière seront bientôt orientés vers nous... Il nous sera demandé davantage qu'à nos pères et à nos ancêtres spirituels des générations passées » (13). Ce n'est pas un hasard si Froom conclut avec ces paroles attribuées à Martin Luther : « Sans tenir compte de ceux qui nous entourent, nous voici ! Que Dieu nous aide ! Nous ne pouvons faire autrement » (14). Il ne nous paraît pas nécessaire de multiplier les citations qui témoignent de cette conviction profonde des adventistes (15). Nous conclurons avec quelques phrases que nous empruntons au professeur H.K. LaRondelle de l'Université Andrews (16). Dans son cours sur la justification et la sanctification donné en automne 1966, LaRondelle résume la position adventiste :

On peut dire avec LeRoy E. Froom que le mouvement adventiste après 1844 est la seconde grande Réformation qui poursuit et complète l'œuvre du XVIe siècle. La seconde Réformation n'est donc pas une rétractation de la première, bien au contraire elle en est l'aboutissement, la confirmation et la perfection ! Si la première Réformation a rétabli l'Évangile, le salut par la foi seule, la seconde Réformation rétablit la loi de Dieu, la sanctification par la foi et par l'obéissance (17).

L'adventisme et l'Évangile de la Réformation

Nous avons vu comment l'adventisme s'estime héritier privilégié de la Réformation, cependant une question surgit naturellement à notre esprit : A quel aspect particulier de la Réformation les adventistes prétendent-ils se rattacher ? Car ils ne sont certainement pas les seuls à se reconnaître pour une raison ou une autre, fils spirituels de la Réforme. L'adventisme n'a pas retenu toutes les idées des Réformateurs, en ce qui concerne par exemple le baptême ou l'administration de l'Église, ils n'ont pas suivi leurs traces ; ils ne partagent pas non plus la conception luthérienne de la Cène. Quel est donc l'héritage que les adventistes prétendent avoir reçu des Réformateurs ? Pour répondre à cette question, il faut en poser une autre : Quelle est la raison d'être du mouvement adventiste ? Qu'est-ce qu'il désire apporter au monde ? En quoi consiste son message particulier ? La réponse est à la fois simple et claire : l'Évangile !

Cette réponse est trompeuse par sa simplicité. En d'autres termes, l'adventisme veut offrir au monde la doctrine de la « justification par la foi » ou « le message du troisième ange » (18). Quel que soit le vocabulaire qu'il emploie, l'adventiste croit que Dieu lui a confié comme mission spéciale, de poursuivre et d'achever la redécouverte de l'Évangile commencée avec ferveur par les Réformateurs. Le mouvement adventiste est conduit par Dieu affirment les adventistes, sa mission atteindra son apogée au moment du « grand cri » (Ap. 14:7,9 ; 18:1,2), c'est-à-dire de la proclamation finale de l'Évangile par la plénitude du Saint-Esprit, la pluie de l'arrière-saison. Chaque habitant de la terre se trouvera alors devant un choix inéluctable : accepter ou rejeter le Christ. A l'issue de cette épreuve décisive, le Seigneur reviendra. Quelle que soit la valeur exégétique de cette interprétation de l'Apocalypse, ce qui frappe surtout, c'est le caractère presque ahurissant de cette prétention.

Ainsi les adventistes croient être l'Église finale, le seul « reste » suscité spécialement par Dieu pour proclamer le message de l'Évangile, et préparer ainsi le retour du Christ. Nous, théologiens évangéliques, n'avons pour ainsi dire jamais considéré cet aspect fondamental de l'adventisme, nous n'avons jamais vu ce mouvement comme soucieux de proclamer l'Évangile, nous nous sommes en général contentés de le décrire comme une secte qui accorde une grande importance à ce qui est secondaire. Nous devrions nous excuser auprès des adventistes pour cette vision si éloignée de la réalité ; il nous faut une fois pour toutes reconnaître que toute approche de l'adventisme qui ne tient pas compte de son intérêt pour l'Évangile n'est pas valable.

Les écrits adventistes indubitablement, justifient l'existence de leur mouvement par cette étonnante prétention. Selon Madame White : « Le message de la justice du Christ doit retentir d'un bout à l'autre de la terre pour préparer la voie du Seigneur et pour révéler la gloire de Dieu. Alors l'œuvre du troisième ange prendra fin » (19). S'adressant à ses coreligionnaires, elle dit : « Nous devons prêcher la valeur efficace du sang du Christ par lequel les péchés ont été pardonnés, ce n'est qu'ainsi que nous pourrons atteindre les élites » (20). « Le message du troisième ange » (c'est-à-dire le message de la justification par la foi) (21), c'est selon elle, ce que les adventistes doivent proclamer :

Quand le message du troisième ange est annoncé tel qu'il le devrait, alors la puissance de Dieu soutient sa proclamation, et son influence se maintient ; sans la puissance divine, c'est une impossibilité... Le sacrifice du Christ est suffisant, son offrande est complète et efficace ; les efforts humains sans les mérites du Christ sont inopérants (22).

Certaines déclarations de Madame White sur ce qu'elle considère comme le cœur même de la prédication adventiste sont remarquables :

Les prédicateurs doivent faire connaître le Christ dans sa plénitude à la fois dans les églises et dans les contrées nouvellement évangélisées... C'est le but bien arrêté de Satan d'empêcher les âmes de croire que le Christ est leur seul espoir... (23). De tous les chrétiens, les adventistes du septième jour devraient être les premiers à prêcher le Christ au monde... le grand centre d'attraction, le Christ Jésus, ne doit pas être oublié (24). Le message de l'Évangile de Sa grâce doit être donné à l'Église en un langage non équivoque, de sorte que le monde ne puisse pas dire que les adventistes du septième jour parlent de la loi, mais laissent de côté le Christ (25). Le sacrifice expiatoire du Christ est le grand fait autour duquel gravitent tous les autres... Ce doit être le fondement de toute prédication (26). Que le salut soit le thème de chaque sermon... Ne mettez rien dans votre prédication qui vienne s'ajouter au Christ... (27). Parlez de Jésus, vous qui enseignez le peuple ; parlez-en dans chaque sermon, chaque cantique, chaque prière. De toutes vos forces, amenez les âmes confuses, égarées, perdues, à l'Agneau de Dieu (28).

Dans un langage trop clair pour ne pas être compris, Madame White dit : « La justification par la foi et la justice du Christ sont les thèmes qui doivent être présentés à un monde en péril » (29). Ce thème englobe tous les autres :

Si par la grâce du Christ son peuple devient de nouvelles outres, il les remplira de vin nouveau ; Dieu apportera de nouvelles lumières et les anciennes vérités seront remises en valeur dans le concert de la vérité, et partout où les prédicateurs iront, ils triompheront. Comme ambassadeurs du Christ, ils doivent sonder les Écritures, chercher les vérités ensevelies sous les décombres de l'erreur, chaque rayon de lumière doit être communiqué. Un sujet toutefois doit dominer parce qu'il inclut tous les autres : Christ notre Justice (30).

Dans Messages, Volume 1, Madame White affirme que le message de l'adventisme, c'est la justification par la foi seule :

Quelques-uns de nos frères ont exprimé une crainte : que nous insistions trop sur le sujet de la justification par la foi ; j'espère, et je prie à cet effet, que personne ne s'alarme sans raison, car il n'y a aucun danger à présenter cette doctrine telle qu'elle ressort des Écritures. Si par le passé on n'avait pas été réticent pour instruire convenablement le peuple de Dieu, il ne serait pas nécessaire à présent d'appeler l'attention sur ce sujet... On a trop souvent perdu de vue les plus précieuses et les plus grandes promesses contenues dans les saintes Écritures, or c'est justement là ce que désirait l'ennemi de toute justice. Il a jeté son ombre ténébreuse entre nous et Dieu pour nous empêcher de connaître le vrai caractère de Dieu. Le Seigneur s'est proclamé « miséricordieux, abondant en grâce, patient, plein de bonté et de vérité ». Plusieurs m'ont interrogée par écrit pour savoir si le message de la justification par la foi est vraiment le message du troisième ange ; j'ai répondu : « En vérité c'est le message du troisième ange ». (31).

On pourrait allonger la liste des citations de Madame White (32). Cependant, celles que nous avons sélectionnées nous paraissent suffisantes pour montrer qu'à son point de vue, la mission par excellence de l'adventisme, c'est la proclamation de la justice du Christ avec une puissance et une gloire jamais égalées. Dans son livre Movement of Destiny, Froom confirme le témoignage d'Ellen G. White. Dans un chapitre intitulé « Notre Mission et notre tâche », il écrit :

Prêcher Christ :

1) Toutes les doctrines sont actualisées en Christ, notre mission exige avant tout une prédication et un enseignement centrés sur Christ, et cela à un degré jamais atteint dans l'histoire. Ceci est particulièrement nécessaire au moment où notre message doit atteindre son apogée...
2) L'avant-garde de la prédication de Christ. Nous devons être aujourd'hui dans le monde entier à l'avant-garde de la prédication du Christ dans toute sa plénitude... une multitude répondra. Nous sommes appelés à mettre chaque aspect de notre message en rapport avec la vérité centrale du Christ... de sorte que prêcher la doctrine revienne à prêcher Christ (33).

Dans un paragraphe intitulé « Christ notre Justice, un passeport indispensable », Froom montre avec autant de précision que Madame White ce qu'est véritablement le cœur du dernier message à l'humanité (34).

L'œuvre du Christ, sa vie parfaite d'obéissance à la volonté de Dieu, est le cœur du message tant pour le monde que pour l'église. Froom déclare d'une manière non équivoque que la justice par la foi « dans tout ce qu'elle comprend en constituera le cœur et l'essence ». Il poursuit en disant que l'Évangile éternel est à la fois l'essence et la dynamique du message final de Dieu à l'humanité que l'église doit proclamer (35).

Par ces citations de deux de ses plus éminents avocats, nous avons vu ce que l'adventisme considère comme sa mission spéciale confiée par Dieu. En tenant compte de leur témoignage, on ne peut nier que ce qu'ils prétendent annoncer, c'est l'Évangile. Reste à savoir s'ils l'ont compris. Dans la mesure où l'adventisme aura une juste compréhension de l'Évangile, il justifie à la fois sa prétention et sa raison d'être. En conclusion, nous ferons trois remarques :

1) Si l'on veut juger l'adventisme à partir de ses propres critères, sa position négative bien connue à l'égard de Rome doit être considérée dans cette perspective théologique (36). On a souvent pensé que les adventistes étaient opposés aux abus et excès de Rome, alors qu'en réalité leur attitude leur est dictée par le désir de répondre à leur vocation de remettre en valeur l'Évangile des Réformateurs et d'achever leur œuvre.

2) L'attitude souvent surprenante que les adventistes adoptent envers les protestants répond au même souci. On a pensé que leur conception de la loi les séparait du protestantisme, mais la vraie raison est à chercher ailleurs : Les adventistes croient que d'une manière générale, les protestants ont abandonné l'Évangile des Réformateurs et tout ce qu'il implique, et qu'en conséquence ils sont prêts à toutes sortes de concessions envers la Curie romaine. Se croyant un membre du « reste » fidèle (37), l'adventiste se doit de montrer au monde protestant et en fait à tout le monde, la signification profonde de l'Évangile, et cela pour la plus grande gloire de Dieu. Ceci explique son attitude envers Rome (38) comme envers les protestants.

3) Il y a encore un aspect de l'adventisme sur lequel en général nous ne nous arrêtons pas suffisamment, et par lequel il se dit héritier particulier de la Réformation. Pendant presque quatre-vingt-dix ans, l'église adventiste s'est occupée de l'Évangile d'une manière tout à fait remarquable. Tout au long des années, elle s'est posée la question pour elle inévitable, de savoir pourquoi « le grand cri » tant attendu n'avait pas encore retenti ? Pourquoi le Seigneur n'était-il pas encore revenu ? Certains répondent en rappelant un événement de l'histoire de l'adventisme. Quarante ans environ après la naissance du mouvement, le Seigneur sensibilisa les adventistes à l'Évangile d'une manière exceptionnelle, malheureusement et c'est ce qui est tragique, l'église adventiste a d'une manière générale, rejeté ce don de Dieu. Depuis cette fameuse année 1888, de façon différente et à des degrés divers, elle a contesté sa propre acceptation du message de la justification par la foi. L'année 1888 a vraiment été « une écharde dans la chair » pour l'église adventiste. Pendant près de quatre- vingt-dix ans, elle a lutté pour établir sa relation avec l'Évangile de la Réformation. Aucune évaluation valable de ce mouvement n'est possible si elle ne tient pas compte de ce facteur capital. (voir notre appendice à la fin de ce chapitre, pour un aperçu historique de cette lutte permanente pour comprendre l'Évangile).

S'il est vrai que l'église adventiste se croit appelée par Dieu à accomplir une mission spéciale, elle reconnaît aussi avoir failli jusqu'ici à sa tâche, bien des adventistes se frappent la poitrine en convenant de l'échec de leur église. Les adventistes discutent beaucoup pour savoir si oui ou non, le message de 1888 a finalement été accepté par l'église. Ce qu'il nous faut retenir de cette affaire, c'est que l'adventisme durant quatre-vingt-dix ans de ses cent trente trois années d'existence, a cherché à se situer par rapport à l'Évangile. Ne serait-ce qu'à cause de cela, il vaut la peine de s'interroger sur la valeur de la prétention adventiste de s'inscrire dans la tradition des Réformateurs, une telle réflexion pouvant aussi aider ce mouvement dans sa recherche.


Notes du Chapitre 1



APPENDICE


1888 : UNE ÉCHARDE DANS LA CHAIR


Tout adventiste qui connaît tant soit peu l'histoire de son église, sait que 1888 a été une année de réveil ; deux prédicateurs adventistes, E. J. Waggoner et A. T. Jones, enthousiasmés par la doctrine de la justification par la foi seule, se sont mis à l'annoncer avec beaucoup de zèle à leurs frères.

Ce ne fut pas sans réaction, une réaction dont la nature reste aujourd'hui encore imprécise. il semble que plusieurs dont Madame White (39) acceptèrent le message, la plupart le rejetèrent. Il ne fut plus beaucoup question de ces événements jusqu'en 1924, quand un ancien président de la Conférence Générale des églises adventistes, A. G. Daniells, souleva à nouveau le problème de 1888 et de son accueil par la communauté. Dans un ouvrage intitulé Jésus-Christ Notre Justice, Daniells révéla qu'à son avis, le message avait été rejeté. Voici ce qu'il dit :

Combien il est attristant et profondément regrettable que le message de la justification en Christ ait rencontré de l'opposition de la part d'hommes de Dieu sérieux et bien intentionnés ! Ce message n'a jamais été accepté ni proclamé librement comme il aurait dû l'être pour permettre à l'Église de recevoir les bénédictions sans mesure dont il était porteur. La gravité d'une telle influence est mise en évidence par les reproches qui nous furent adressés. Ces paroles de répréhension auraient dû être considérées avec plus de sérieux (40).

Daniells cite ensuite plusieurs remontrances cinglantes de Madame White à l'encontre de ceux qui, à l'époque auraient rejeté le message (41). Elle ne mâche pas ses mots, elle accuse son église de prêcher la loi « au point de devenir aussi aride que les monts de Guilboa privés de rosée et de pluie ». Ce qui est nécessaire dit-elle encore, c'est de ne pas nous confier « en nos propres mérites, mais seulement en ceux de Jésus de Nazareth » (42).

Il est évident qu'une telle interprétation des faits allait troubler les esprits. Certains laïcs demandèrent des explications. Daniells avait-il raison ? L'Église n'avait-elle vraiment pas accepté l'Évangile à cette époque-là ? Était-ce la raison pour laquelle le « grand cri » n'avait pas encore retenti ? L'Église devait-elle se repentir ou devait- elle réduire au silence ceux qui la calomniaient ainsi ?

Plusieurs auteurs ont pris la défense de l'Église. En 1947, Lewis H. Christian publia The Fruit of Spiritual Gifts. Dans cet ouvrage, il reconnaît que la session de la Conférence Générale de, 1888 fut tendue, mais que l'opposition disparut dans les quelques années qui suivirent et que tous acceptèrent le message de la justification par la foi.

En 1948, Bruno William Steinweg soumit une thèse au Séminaire Théologique Adventiste à Berrien Springs, Michigan ayant pour titre : « Developments in the Teaching of Justification and Righteousness by Faith in the Seventh-Day Adventist Church after 1900 ». Selon lui, l'église n'aurait pas rejeté l'Évangile du Seigneur en 1888, preuve en est le fait que Waggoner et Jones eurent souvent l'occasion de prêcher après cette date ; comment cela aurait-il été possible si leur message avait été rejeté ?

Une autre défense de l'église fut publiée en 1949 par l'historien adventiste A.W. Spalding. Dans son livre, Captains of the Host, il reconnaît qu'une sérieuse confrontation eut lieu en 1888, et que le message ne fut pas toujours accueilli favorablement, cependant 1888 fut en fin de compte une victoire et non une défaite de l'Église.

En 1950, la présentation aux dirigeants de la Conférence Générale de l'église Adventiste du septième jour, par deux missionnaires, R. J. Wieland et D. K. Short, d'un manuscrit intitulé 1888 Re-examined, marqua un tournant important. En des termes non équivoques, Wieland et Short affirmaient que l'Église avait rejeté le message que le Seigneur avait voulu lui donner à Minneapolis en 1888 ; l'Église était coupable, elle devait se frapper la poitrine et implorer le pardon divin, c'est toute la communauté adventiste qui devait se repentir. L'auteur du présent livre a passé quelques temps avec le pasteur Wieland dans sa maison de Chula Vista en Californie ; même après trente ans, cet homme a gardé la même conviction.

Un conflit sans précédent suivit la présentation des thèses de Wieland et Short, un conflit qui durera plus d'une décennie ; les éléments du dialogue furent rassemblés par A. L. Hudson sous le titre, A Warning and Its Reception. On y retrouve le texte de Wieland et Short et des documents prouvant son rejet par l'administration de l'Église. Peu après, en 1962, Norval F. Pease publiait By Faith Alone. Il s'agissait de la vulgarisation d'une thèse que l'auteur soutint à Andrews University pour défendre l'Église. Pease démontrait avec de nombreuses preuves à l'appui que l'Évangile a continué d'être prêché parmi les adventistes après 1888 et jusqu'à nos jours. Mais le pasteur Wieland ne fut pas convaincu car pour lui, prêcher l'Évangile dans toute sa force, comme un « grand cri », c'est bien autre chose que ce qui avait été fait.

L'Église trouva de nouveaux apologistes ; en 1966, A. V. Olson publia Through Crisis to Victory 1888-1901, le titre est significatif. C'est vrai dit-il, qu'il y eut une crise, mais dès 1901 l'Église en était sortie victorieuse. Olson conclut son ouvrage en disant que partout où il s'est rendu, il a trouvé les adventistes convaincus de la doctrine de la justification par la foi, doctrine que non seulement ils avaient acceptée, mais qui avait une grande valeur à leurs yeux. Ceux qui suggéraient que l'Église avait rejeté ce message se trompaient.

C'est alors qu'en 1971 parut l'importante recherche de LeRoy Edwin Froom, Movement of Destiny. Ce travail devait définitivement mettre un terme à toute discussion sur le sujet ; dans un style qui lui est propre, il prend la défense de l'Église et combat ceux qui la supposent fautive dans cette affaire. Froom invite à la repentance ceux qui ne partagent pas ses vues ; malgré l'importance et la qualité du travail accompli, Froom ne réussit pas à enterrer le fantôme de 1888. En 1973, lors de leur conseil d'automne, les dirigeants de la Conférence Générale ont pour la première fois depuis A. G. Daniells, reconnu la culpabilité de l'Église sur la question de 1888.

Une question a rejeté dans l'ombre toutes les autres à ce conseil annuel de 1973 : Comment se fait-il que l'expérience et le message qui en 1892 avait été le début du dernier appel au monde n'ont pas eu de suite durable ? (43).

La réponse donnée à cette question dut être un baume pour le pasteur Wieland :

En tant que communauté, l'Église est dans la condition laodicéenne décrite par le Témoin fidèle dans Ap. 3 : 14-19. Le Conseil a ainsi noté trois causes du délai et de l'échec actuel :
- 1) Les dirigeants et les membres n'ont pas accepté comme message personnel l'analyse du Christ et l'appel à Laodicée (Apoc. 3 : 14-22).
- 2) Les dirigeants et les membres ont désobéi aux injonctions divines, dans leur vie personnelle et dans les affaires de l'Église.
- 3) Les dirigeants et les membres n'ont pas achevé l'œuvre qui leur était confiée (44).

S'il est certain qu'une telle déclaration a pu faire du bien à un homme qui pendant plus de vingt ans a invité son Église à la repentance, ce n'était pas encore l'humiliation collective qu'il attendait. Cette attitude des dirigeants pouvait tout de même apaiser l'esprit de ceux qui se frappaient la poitrine.

Mais ce n'est pas encore la fin de l'histoire, les discussions au sujet de la justification par la foi ont atteint un nouveau sommet en mai 1976. Un groupe de dirigeants et de théologiens se sont réunis à Palmdale en Californie pour chercher à définir la justice qui vient de la foi ; Desmond Ford, professeur de théologie systématique à Avondale en Australie, se fit alors remarquer. Une déclaration officielle (dite déclaration de Palmdale) proposa une définition de la justice qui s'obtient par la foi ; le débat sur 1888 fut à nouveau à l'ordre du jour. Ce qui en a été dit mérite notre attention :

Si nous jetons un regard en arrière sur l'époque de 1888, nous devons reconnaître qu'une telle occasion ne s'est jamais représentée à l'église adventiste. Ce fut pour le peuple de Dieu le «début» de la pluie de l'arrière-saison et du grand cri « dans la révélation de la justice du Christ, le Rédempteur qui pardonne ». Le Seigneur dut retirer sa bénédiction à cause de l'attitude et de l'esprit que manifestèrent plusieurs à cette époque. Il est certainement inutile de discuter pour savoir combien de personnes acceptèrent ou rejetèrent la bénédiction de 1888, cependant il est bien clair que ceux qui l'entendirent furent divisés. Il est certain que la merveilleuse bénédiction que Dieu voulait accorder à l'Église ne fut acceptée pleinement ni à cette époque ni plus tard. A la lumière de ces faits historiques, notre principal souci doit être d'éliminer tout ce qui retient la puissance promise. Par la repentance, la foi, le réveil et la réforme, nous devons préparer le chemin pour que le Seigneur puisse accomplir son œuvre spéciale pour nous et par nous. Nous reconnaissons que la plus grande responsabilité repose sur les dirigeants de l'Église (45).

S'il en est ainsi, que penser des accusations portées contre ceux qui affirmaient que l'Église coupable devait se repentir, accusation perpétrée par des textes aussi importants que le livre de Froom, Movement of Destiny ? Dans The Ministry d'août 1976, on peut lire les regrets suivants :

Nous regrettons sincèrement que le livre Movement of Destiny ait demandé une « confession explicite » de la part de ceux qui interprétaient les événements de 1888 d'une manière différente des dirigeants. Nous recommandons l'élimination de ce passage dans les futures éditions de ce livre.

Le drame au sujet de la réponse donnée au message de 1888 n'est pas encore arrivé à son terme, comme beaucoup le souhaiteraient. A l'intérieur comme parmi les marginaux de l'Église, plusieurs ont décidé de poursuivre la lutte jusqu'à ce qu'il y ait repentance collective, et que la vérité de l'Évangile de la justification par la foi seule, jaillisse des lèvres adventistes avec la puissance de « la pluie de l'arrière-saison ». Alors pensent-ils, le Seigneur reviendra, et le message de 1888 ne posera plus problème parce qu'il aura accompli sa mission.


Notes du Chapitre 1 (suite)




2. L'enseignement fondamental de la Réformation

Un des aspects les plus remarquables de la Réformation du seizième siècle, c'est l'unité des Réformateurs sur l'article de la justification par la foi seule. En désaccord sur bien des points doctrinaux, ils sont unis sur leur compréhension de la justification. Dans son ouvrage classique, The Doctrine of Justification, James Buchanan écrit : « Il y a peu de choses dans l'histoire de l'Église de plus remarquable que l'unité des Réformateurs sur le sujet de la justification devant Dieu » (1). Buchanan attribue ce fait « à une abondante effusion du Saint-Esprit, qui tout en convainquant les hommes de péché, illumine leur esprit par la connaissance d'un Sauveur pleinement suffisant » (2). James Orr pour sa part, refuse d'attribuer au hasard cette compréhension simultanée de la justification (3). Voici donc la principale caractéristique de la Réformation : l'unanimité concernant la justification obtenue uniquement par la foi, une unanimité qui témoigne d'« une abondante effusion de l'Esprit ».

Nous venons de voir que les Réformateurs étaient en parfait accord sur la justification. Précisons la nature de cette unité, ils étaient unis sur la signification et sur l'importance de la justification dans la vie et l'enseignement de l'Église.

L'importance de la justification

Considérons d'abord l'importance de la justification dans la pensée des Réformateurs, il nous paraît difficile de l'exprimer mieux que ne l'a fait John Bugenhagen, l'ami de William Tyndale : « Nous n'avons qu'une seule doctrine : Christ est notre Justice » (4). Centre de gravité incontesté de toute la théologie et de toute la vie chrétienne, voilà ce qu'est la justification par la foi pour les Réformateurs !

Pour Luther, la justification est partout présente dans la Bible, c'est « le fondement de notre salut » (5). Selon lui, Christ veut que nous concentrions toute notre attention sur ce point de doctrine capital, notre justification devant Dieu, afin que nous croyions en Lui » (6). C'est le « point cardinal » (7), « le véritable foyer central de la doctrine chrétienne » (8). Bien d'autres citations pourraient montrer que la justification par la foi était pour Luther, sa Catherine de Bora théologique (9).

Pour Calvin, la justification « est le principal article de la religion chrétienne » (10). Certains s'étonnent de ce que dans l'Institution de la Religion Chrétienne, Calvin se soit intéressé à la régénération avant d'aborder la question de la justification. Son but était en réalité de mettre en valeur la justification : « ... ayant droitement connu ce point (régénération), nous pourrons aisément apercevoir comment l'homme est justifié par la foi seule et par la pure acceptation du pardon de ses péchés... » (11). Après avoir exposé le souci de l'église romaine (la régénération), Calvin développe d'une manière irréfutable celui de la Réformation (la justification). Pour lui, ce dogme est le fondement de toute piété authentique et de toute vérité doctrinale.

Voici donc la seconde caractéristique de la Réformation : le rôle central qu'elle attribue à la doctrine de la justification devant Dieu, obtenue uniquement par la foi.

Que signifie justification ?

La réponse que nous donnerons à cette question nous révèlera la troisième caractéristique importante de la Réformation. L'œuvre significative de Luther sur la justification n'est pas son commentaire sur les Romains, mais son analyse de l'épître aux Galates. Quand il écrivit son Commentaire sur les Romains, il était encore un catholique évangélique ; l'auteur du Commentaire sur les Galates, c'est le réformateur protestant (12). Dans cet ouvrage remarquable, il déclare :

Etant donné que nous sommes justifiés par la foi en Christ, il s'ensuit que « ce n'est pas par les œuvres de la loi que toute (qu'aucune) chair sera justifiée »... C'est pourquoi le moine n'est pas justifié par son ordre, ni le prêtre par la messe et par les heures canoniques... (13)

Etre justifié signifie être déclaré juste. Luther affirme :

Or, la question posée ici est la suivante : par quoi sommes-nous justifiés et obtenons-nous la vie éternelle ? Avec Paul nous répondons ici : C'est par la seule foi en Christ que nous sommes déclarés justes, non par les œuvres de la loi et par la charité (14).

Quand Luther dit « par la seule foi en Christ », il ne veut pas dire par Christ en nous, la justice sur la base de laquelle le pécheur est accepté devant Dieu doit être cherchée à l'extérieur du croyant. La justice qui justifie est étrangère au croyant, c'est une justice qui vient du dehors. Luther s'explique clairement :

(un chrétien) est juste et saint d'une sainteté qui lui est étrangère, je l'appelle ainsi pour me faire mieux comprendre. Le chrétien est juste par la grâce et la bonté de Dieu, cette bonté et cette grâce ne sont pas d'origine humaine ; il ne s'agit pas d'une disposition ou d'une qualité du cœur. C'est une bénédiction divine qui nous est donnée par la connaissance de l'Évangile, quand nous apprenons ou croyons que notre péché nous est pardonné par la grâce et les mérites du Christ... Une telle justice ne nous est-elle pas étrangère ? Elle dépend de la bonté d'un autre, et elle est pur don de Dieu, lequel révèle sa miséricorde et sa faveur en vertu de la personne du Christ... Un chrétien n'est donc pas intrinsèquement juste, il ne l'est pas en vertu d'une qualité ou d'une substance qui serait en lui, j'use ces termes pour me faire comprendre. Il est juste parce qu'il est en relation avec quelque chose, il est justifié par une grâce divine qui pardonne gratuitement ses péchés. C'est ce qui se passe pour ceux qui reconnaissent leur péché et croient en la grâce et la miséricorde du Dieu qui délivre (Rom. 4 : 25) ceux qui croient (15).

Pour Luther, être justifié signifie être déclaré juste sur la base d'une justice qui ne se trouve pas dans le croyant, mais en Jésus-Christ. Calvin partage la même conviction : La justification est la déclaration divine selon laquelle le pécheur croyant est juste en vertu des mérites de Jésus-Christ (16). Le pécheur est déclaré juste, mais sur la base des seuls mérites du Christ.

Ces deux fondements de la justification étaient en contradiction avec l'enseignement de l'église de Rome. Plus tard au Concile de Trente, celle-ci fut amenée à préciser que selon elle, la justification ne consiste pas seulement à déclarer quelqu'un juste, mais à le rendre réellement juste : « ... l'unique cause formelle est la justice de Dieu, non pas celle par laquelle il est juste lui-même, mais celle par laquelle il nous rend justes... » (17). Pour Rome, rendre juste signifie que le croyant devient juste en lui-même, alors que les Réformateurs ne reconnaissaient qu'à la justice propre du Christ, le pouvoir de justifier. Rome enseignait que le pécheur recevait un cœur nouveau qui le rendait agréable à Dieu :

... s'ils (les chrétiens) ne renaissaient en Jésus-Christ, jamais ils ne seraient justifiés, puisque c'est par cette renaissance que la grâce qui les justifie (qua justi fiunt : litt. qui les fait ou les rend justes), leur est accordée par le mérite de sa passion (18).

C'est là le cœur du conflit de la Réformation. Pour Rome, être justifié c'est être rendu juste par l'expérience du renouvellement intérieur. Pour les Réformateurs, la justification est la déclaration faite par Dieu selon laquelle le croyant est juste sur la base de l'œuvre du Christ accomplie indépendamment de ce qui se passe en lui.

Nous voulons ajouter une remarque sur le thème de la justification du point de vue des Réformateurs. Pour eux la justification a deux faces : Un côté négatif, c'est l'acquittement du croyant sur la base du sacrifice du Christ. C'est ainsi que la justification est souvent appelée simplement pardon des péchés (19). La malédiction qui nous menaçait ne nous atteint plus car à sa mort, Jésus en fut frappé (20). Cependant la justification a aussi un côté positif : Dieu ne nous voit pas seulement au travers de la mort de Jésus pour nos péchés, Il nous voit aussi comme si nous avions parfaitement obéi aux exigences de la loi, au travers de l'obéissance de Jésus mise à notre compte. Le croyant est pardonné certes, mais il est aussi admis en présence de Dieu, revêtu de la parfaite obéissance du Christ qui se tient à sa droite. En Christ, le croyant a satisfait aux exigences de la loi, en Lui il possède par la foi une vie de parfaite obéissance à la loi (21).

Sola Gratia

Pour bien comprendre ce qu'est la justification, demandons-nous ce que signifie être sauvé uniquement par grâce. Quand les Réformateurs parlaient de la grâce, ils désignaient l'œuvre de Dieu qui dans sa miséricorde et selon sa grande bonté, a envoyé son Fils vivre et mourir en Palestine pour que nous soyons déclarés parfaitement justes devant Lui. Ainsi la grâce désigne l'œuvre de Dieu accomplie dans l'histoire, et non ce qui se passe dans le cœur du croyant. Selon Calvin, la grâce de Dieu « reçoit le pécheur de sa pure et gratuite bonté » (22), c'est une « bonté gratuite » (23), « la miséricorde de notre Père céleste, et la dilection gratuite qu'Il a envers nous » (24).

Paul Tillich remarque que c'est l'idée de grâce chez les Réformateurs qui fut la cause véritable de leur succès au seizième siècle. Tillich affirme que pour Luther, la grâce signifiait être accepté tout en étant inacceptable. Dans sa fameuse « Préface à l'Epître aux Romains » (25), Luther s'explique à ce sujet : « La différence entre une grâce et un don consiste en ceci : La grâce dans le plein sens du terme désigne la faveur de Dieu et sa bonne volonté envers ceux qu'il aime... ». Ce n'est évidemment pas la définition qu'en propose le Concile de Trente ; selon ce concile, la grâce est communiquée aux chrétiens pour qu'ils soient rendus justes (26), elle doit être reçue volontairement (27). A ce sujet, le canon II du Concile de Trente est clair :

Si quelqu'un dit que les hommes sont justifiés, ou bien par la seule imputation de la justice du Christ, ou bien par la seule rémission des péchés à l'exclusion de toute grâce et charité qui serait répandue dans leurs cœurs par l'Esprit Saint et leur serait inhérente, ou encore que la grâce qui nous justifie est seulement la faveur de Dieu, qu'il soit anathème (28).

Selon Luther et Calvin, la grâce qui sauve, c'est l'action de Dieu en Jésus pour le pêcheur qui croit. L'idée selon laquelle la grâce serait l'aide que Dieu accorde au croyant pour qu'il observe la loi a été combattue par les Réformateurs. Selon eux, cette position catholique romaine tend à ôter quelque chose à l'œuvre glorieuse de Dieu en Christ, de plus elle ne saurait satisfaire les consciences. Non, la grâce qui sauve, c'est l'œuvre de Dieu en Jésus-Christ. Seul Il est la justice par laquelle nous sommes justifiés, et seul Il est l'expression de la grâce du Père.

Solo Christo

Luther et Calvin n'ont pas seulement insisté sur Christ seul en opposition à la justice des œuvres du catholicisme, les Réformateurs ont aussi insisté sur Christ seul en opposition avec tous ceux qui, catholiques ou protestants (29), considèrent que la justice salvatrice réside dans le cœur du croyant. « Christ seul » signifie Christ et rien que Christ, et non le croyant. Cette œuvre n'inclut même pas les autres membres de la Trinité ! Précisons notre pensée : Pour Luther et Calvin, la justice salvatrice ne se trouve qu'en Christ, en la personne du Dieu-homme, et non dans la vie du croyant, même si celle-ci est un effet de la grâce. Aucune justice salvatrice ne peut être trouvée ailleurs qu'en Celui qui seul est à la fois Dieu et homme.

Pour les Réformateurs, « Christ seul » signifiait Jésus-Christ à la fois Dieu et homme, et non pas Christ présent par l'Esprit dans le cœur des croyants. Quelques-uns ont voulu modifier la position des Réformateurs en répétant avec eux les expressions bien connues de « justification par Christ seul » ou « Jésus-Christ est la grâce de Dieu », dans la mesure où pour eux ces expressions désignaient à la fois le Dieu-homme à la droite de Dieu, et Celui qui par l'Esprit habite le cœur du croyant. Passer ainsi du Dieu-homme au Christ en nous, c'est renoncer dans les faits sinon dans la forme, à la justification telle que l'ont enseignée les Réformateurs.

Dans cette optique, le croyant devient le lieu où se réalise la justification, alors que pour les Réformateurs celle-ci a déjà été pleinement accomplie en Jésus-Christ, par sa vie et sa mort en Palestine. Il ne faut pas confondre l'œuvre de Jésus-Christ et celle du Saint-Esprit ; Christ il est vrai, habite le cœur du croyant par l'Esprit, mais le Sauveur c'est le Dieu-homme admis en présence de son Père. Quand toute notre attention est fixée sur ce qui se passe en l'homme, « Christ en nous » devient le fondement de notre justification. S'appuyer ainsi sur l'œuvre en nous de l'Esprit du Christ, c'est compter sur une œuvre inachevée pour nous assurer du salut, au lieu de compter sur l'œuvre achevée et complète du Dieu-homme, Jésus de Nazareth. Une telle théologie suppose que Dieu pourrait se contenter de quelque chose d'imparfait ; même nos consciences attestent que la gloire de Dieu ne saurait se satisfaire d'une justice imparfaite. Selon Buchanan :

Si nous sommes justifiés par l'œuvre de l'Esprit en nous, nous nous appuyons sur une œuvre qui loin d'être achevée et acceptable, n'a même pas commencé pour le pécheur non régénéré, et qui lorsqu'elle a commencé pour le croyant, n'est qu'embryonnaire... souillée par le péché qui demeure en lui... et jamais parfaite dans cette vie (30).

Les ténors de la Réformation ont tous affirmé sans hésitation qu'être justifié par Christ seul, signifiait être déclaré juste uniquement en fonction de la vie et de la mort de Jésus-Christ. Selon Luther :

Un homme qui s'appuie sur Christ avec confiance peut dire : la vie, l'œuvre, les paroles de Jésus, sa souffrance et sa mort sont miennes comme si j'avais vécu, agi, parlé et souffert, comme si j'étais mort sur la croix (31).

C'est cela croire en la substitution de Jésus- Christ, en l'imputation de sa justice et non en son infusion par l'Esprit. Calvin le géant de Genève, rejoint le réformateur allemand quand il dit :

Si l'observation de la loi est tenue pour justice, on ne peut nier que quand Jésus-Christ ayant pris cette charge à soi, nous réconcilie par ce moyen à Dieu son Père comme si nous étions parfaits observateurs de la loi, il ne nous mérite faveur (32).

Le « comme si » est la conséquence inévitable de l'Évangile du salut par substitution et imputation. La justification, c'est l'œuvre accomplie uniquement par Christ hors du croyant, elle ne doit pas être confondue avec l'œuvre de régénération accomplie par l'Esprit (33).

Sola Fide

Ceux pour qui la foi a une valeur méritoire quelconque, n'ont rien compris à l'Évangile des Réformateurs. Pour Luther et Calvin, dire qu'on est sauvé par la foi seule (sola fide), signifie qu'il ne faut rien ajouter à la grâce seule ou à Christ seul ; ce n'est qu'une nouvelle façon d'exprimer la même vérité (34). Christ, qui par sa vie et sa mort a satisfait aux conditions de la justification, rend aussi possible l'appropriation de son œuvre achevée. Il a satisfait aux exigences de la loi divine par sa vie et sa mort en Palestine, et Il en rend l'appropriation possible par l'effusion de son Esprit. La foi n'est que l'instrument et le moyen de mettre en route le processus du salut. La foi n'a pas de valeur en elle-même, elle ne sauve pas en vertu d'une valeur quelconque qu'elle aurait en elle-même, ou qu'aurait celui qui l'exerce. Selon Calvin :

La force de justifier qu'a la foi ne gît point en quelque dignité de l'œuvre, car notre justification consiste en la seule miséricorde de Dieu, et au mérite de Christ. Si la foi est dite justifier, ce n'est que parce qu'elle appréhende la justice qui lui est offerte en Christ (35). Car si nous ne venons à Jésus-Christ vides et affamés, ayant la bouche de l'âme ouverte, nous ne sommes point capables de Lui... Il y a pareille raison que la foi, bien qu'elle n'ait de soi nulle dignité ni valeur, nous justifie en nous offrant Jésus-Christ, et qu'un pot plein d'or enrichisse celui qui l'aura trouvé (36).

En faisant de la foi un « instrument » ou un « récipient vide », les Réformateurs ont tenu à distinguer entre la foi d'une part, et les mérites de Christ saisis par la foi d'autre part. La foi et l'objet de cette foi doivent être bien distingués, pour qu'à Dieu seul revienne la gloire, et pour que la conscience du croyant soit en paix.

La justice de la foi

Avec Paul, les Réformateurs ont parlé de « la justice de (ou par) la foi » en opposition avec la justice qui accompagne ou suit la foi. La justice de la foi, c'est l'acceptation de l'œuvre et de la mort du Dieu-homme, Jésus-Christ. C'est une justice qui est objet de la foi, et non une qualité qui ferait partie de la foi ou qui lui serait associée. Considérer la foi comme un « instrument » ou un « récipient vide », c'est ne pas lui attribuer une valeur justificatrice au sens où seule la justice du Christ justifie ; en clair, la foi ne fait pas partie de la justice du Christ. Les Réformateurs ont précisément parlé de la « justice de la foi » pour qu'elle ne soit pas confondue avec ce qui l'accompagne ou la suit.

Les Réformateurs reconnaissent que la foi en la justice du Christ s'accompagne toujours de la régénération et du renouvellement de la vie du croyant. La foi produit de bonnes œuvres, cependant il est bien clair que la transformation qui accompagne ou suit la foi ne fait en aucune façon partie de la justice du Christ. La justice de la foi ne doit jamais être confondue avec la sanctification, elle ne l'inclut même pas.

Martin Luther a bien insisté sur cette distinction capitale entre justice de la foi et sanctification, car l'église médiévale confondait les deux sortes de justice. Luther appelle la justice de la foi (c'est-à-dire justice du Christ) une justice passive parce que nous n'avons rien à faire pour l'obtenir. Il appelle l'autre justice (celle qui résulte de la foi) une justice active parce qu'elle est manifestée par les bonnes œuvres accomplies par le croyant animé de l'Esprit Saint. La justice passive est parfaite, car elle est justice du Christ ; la justice active est imparfaite parce qu'elle est l'œuvre d'hommes pécheurs. La première est obtenue par la foi seule, la seconde l'est par les œuvres de la foi. La première c'est la justification ; la seconde, la sanctification (37).

Martin Chemnitz exprime la même idée en d'autres termes. Il parle 1) de la justice de Christ imputée au croyant, et 2) de la justice de la loi :

La justice de la loi, c'est ce qu'un homme fait en obéissant à ce qui est écrit dans la loi ; mais la justice de la foi s'obtient en croyant à ce que Jésus a fait pour nous. Ainsi, ce que le chrétien fait avant ou après sa conversion sont des œuvres de la loi, même si elles ne sont pas accomplies dans le même esprit...
...l'obéissance du Christ nous est imputée à justice, c'est un blasphème de confondre cette gloire du Christ avec notre transformation ou notre obéissance (38).
La justice de la foi, c'est croire que Christ, le Médiateur, a satisfait la loi pour nous, pour la justification de quiconque croit (Rom. 10:4) (39).

Selon la Formule de Concorde, l'Esprit produit en nous la justice de la loi, mais celle-ci ne nous justifie pas devant Dieu. Nos œuvres ne peuvent « être considérées ni comme la cause de la justification, ni comme un mérite que Dieu agrée quand Il nous justifie, et qui constitue soit entièrement, soit pour une moitié, soit pour une part minime, le fondement de notre confiance » (40). Il arrive qu'une malédiction soit plus révélatrice qu'une bénédiction, la Formule de Concorde est très claire quand elle dit : « Il faut réprouver et rejeter... l'idée que la justice de la foi devant Dieu se compose de deux parties, la rémission des péchés, et le renouvellement ou la sanctification » (41).

Pour conclure sur la justice de (ou par) la foi, disons que pour les Réformateurs il est indispensable de distinguer entre « la justice de la foi » et la sanctification. Ne pas faire clairement cette distinction, c'est retourner à la synthèse du catholicisme médiéval, et c'est aussi répudier l'enseignement unanime des pères de la Réforme.

Perfectionnisme

Cette distinction entre les deux justices, si chère aux Réformateurs, nous aide à comprendre pourquoi selon eux le croyant n'est justifié dans cette vie que par la foi. En s'exprimant ainsi, ils ne niaient pas la nécessité de la sanctification des vrais croyants, ce qu'ils voulaient dire avant tout, c'est que la sanctification n'est jamais suffisante pour justifier à l'heure du jugement. Le croyant ne peut que compter sur la justice de la foi (celle du Dieu-homme), pour être accepté devant Dieu. Pour les Réformateurs l'œuvre de la sanctification reste toujours imparfaite, c'est pourquoi ils insistaient tant sur la justice de la foi, la vie et la mort du Dieu-homme, Jésus de Nazareth. Bien que le croyant lutte de toutes ses forces contre le mal, en cherchant à garder fidèlement la loi de Dieu, le péché demeurera en lui jusqu'à l'heure de sa mort. Luther l'exprime vigoureusement :

Le bien-aimé apôtre Paul voudrait bien ne pas être dans le péché, et force lui est d'y être : moi et d'autres encore, nous sommes aussi enclins à être volontiers sans péché, mais cela ne sera pas ; nous étouffons assurément à son contact ; nous sommes tombés dans le péché, nous nous relevons, nous nous martyrisons et nous nous rouons de coups avec lui jour et nuit, sans trêve : mais durant que nous sommes fourrés dans cette chair, que nous portons au cou ce sac nauséabond, il n'en sera absolument rien, nous ne pourrons absolument pas amortir cette chose ; nous pouvons bien, assurément, peiner contre elle afin de l'amortir, mais le vieil Adam entend vivre aussi avant de descendre au tombeau. En somme : Le Royaume de Dieu est un royaume singulier, aucun saint ne devra dire ici autrement que : ô Dieu tout-puissant, je confesse que je suis un misérable pécheur, ne compte pas la faute ancienne ! ... Celui qui n'a ou ne sent aucun péché n'est pas un chrétien ; or si tu trouves un homme pareil, c'est un anti-chrétien, pas un vrai chrétien. Donc le Royaume du Christ gît dans le péché, il est fourré dedans, puisqu'il l'a placé dans la maison de David (42).

Ne nous croyons pas plus justes que Paul, Luther et tant d'autres serviteurs de Dieu au travers des siècles ! C'est la théologie de Rome qui laisse supposer une telle chose :

Si quelqu'un nie que par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est conférée par le baptême, l'offense du péché originel soit remise, ou soutient que tout ce qu'il y a proprement et véritablement de péché n'est pas ôté... qu'il soit anathème (43).

Le perfectionnisme caractérise l'Évangile prêché par Rome, tandis que l'imperfection de toutes les bonnes œuvres - souillées par le péché inné - demeure un enseignement essentiel des Réformateurs. Tous ceux qui enseignent la nécessité de la perfection du croyant en cette vie, confirment l'enseignement de Rome et non celui de la Réforme. Calvin n'était pas moins dogmatique que Luther pour reconnaître la présence du péché, même chez celui qui est justifié. Voici ce qu'affirme la Confession de Genève :

Le pardon des péchés est toujours nécessaire, même pour le fidèle.

Enfin nous reconnaissons que cette régénération nous est nécessaire jusqu'à ce que nous quittions ce corps mortel, car il reste toujours en nous bien des imperfections et des infirmités, de sorte que nous restons toujours de pauvres et misérables pécheurs en présence de Dieu. Et s'il est vrai que jour après jour, nous devons croître dans la justice de Dieu, nous n'atteindrons jamais la plénitude et la perfection tant que nous vivrons ici-bas. C'est ainsi que nous avons toujours besoin de la miséricorde divine pour le pardon de nos péchés et de nos fautes. Nous devons sans cesse contempler la justice de Jésus-Christ, et non la nôtre, et en Lui confiants et assurés, nous n'avons pas foi en nos propres œuvres (44).

Peut-être nous interrogerons-nous au sujet de la foi de ces Réformateurs comme s'ils doutaient de la puissance de Dieu, capable de libérer les croyants de leur état de pécheur. Dans son commentaire sur les Galates, Luther montre que le péché qui demeure dans le croyant est positivement utile à son salut :

Les fidèles retirent donc une grande consolation de cet enseignement de Paul : ils savent qu'ils sont chair pour une part, et Esprit pour une (autre) part, mais à telle enseigne que c'est l'Esprit qui a l'empire, et la chair qui est assujettie, que c'est la justice qui règne, et le péché qui sert. Autrement celui qui ignore cela, est dévoré sans reste par un esprit de tristesse, et il désespère. Mais les maux eux-mêmes doivent concourir au bien de celui qui connaît cet enseignement de Paul, et qui en fait bon usage. Car lorsque la chair l'invite à pécher, il est par là- même, incité et poussé à rechercher le pardon des péchés par Jésus-Christ, et à saisir la justice dont il ne ferait pas grand cas sans cela, et après laquelle il ne soupirerait pas si fort. Il nous est donc très profitable de ressentir parfois la malice de notre nature et de notre chair, pour que nous soyons, du moins ainsi, réveillés à la foi, et incités à invoquer Jésus-Christ. Alors le chrétien se trouve être un ouvrier aux puissants moyens, et un admirable créateur qui de la tristesse, peut faire de la joie ; des terreurs, une consolation ; du péché, la justice ; de la mort, la vie ; tandis que réprimant ainsi la chair, il la réduit en esclavage et l'assujettit à l'Esprit. Que ceux donc qui ressentent la convoitise de la chair ne désespèrent pas tout aussitôt de leur salut ; qu'ils la ressentent, soit ! mais pourvu qu'ils n'y consentent pas ; que la colère et les désirs des sens s'animent en eux, soit ! mais qu'ils ne les entrainent pas ; que le péché les sollicite, soit ! mais qu'ils ne l'accomplissent pas. A vrai dire, plus un homme est fidèle, plus aussi il ressent ce combat ; c'est ainsi que s'expliquent ces plaintes des saints que nous trouvons dans les Psaumes et dans toute l'Ecriture. De ce combat, ni les ermites, ni les moines, ni les sophistes, ni aucun des faiseurs (de justice) ne connaissent rien (45).

Ne pensons pas que Luther et Calvin considéraient à la légère les exigences de la loi, tous deux ont enseigné que si le croyant gardait la loi, ce n'était pas en vue d'atteindre la perfection. En conséquence, la Réformation a pu affirmer la justification sur la base de la vie et de la mort de Jésus-Christ, et l'espérance du bonheur éternel fondé sur la justification, et non sur la sanctification.


Notes du Chapitre 2




Partie II.

L'Adventisme et la Réformation avant 1950


Introduction

Nous avons essayé de comprendre l'adventiste tel qu'il se conçoit lui-même, et le portrait qui en résulte est tout à fait différent de beaucoup de descriptions de l'adventisme faites de l'extérieur du mouvement. L'adventisme se considère comme spécialement choisi par Dieu en vue de mener à son terme, selon le dessein de Dieu, la Réforme du XVIe siècle réduite à l'immobilité. Une telle mission implique nécessairement une proclamation de l'Évangile avec la puissance de « la pluie de l'arrière-saison ». Une telle mission est impossible à remplir par toute autre organisation religieuse.

C'est pourquoi en vue de rafraîchir notre mémoire au sujet du sens de l'Évangile prêché par Luther et Calvin, nous sommes allés jusqu'au cœur de la Réformation pour saisir clairement les normes nous permettant de juger dans quelle mesure les adventistes ont rempli leur mission, et concrétisé de façon satisfaisante cette étonnante prétention.

Dans la seconde partie de cet ouvrage, nous allons suivre l'exécution de cette mission depuis le début du mouvement jusqu'en 1950. Comme la période 1950-1977 constitue le principal centre d'intérêt de ce travail, nous n'essayerons pas d'étudier à fond la période précédente. J'ajouterai deux remarques préliminaires :

1) C'est avec sympathie que je désire mener mes recherches, car je crois que c'est de cette façon que je puis être le meilleur critique.
2) Il faut aussi considérer l'adventisme comme un mouvement dynamique, c'est pourquoi notre jugement définitif sera réservé à ce mouvement parvenu à son stade de maturité le plus avancé.


3. Après un départ de mauvais augure : 1844-1888

Il a bien fallu que les fondateurs de l'église adventiste du septième jour fussent dotés de caractères fermes et décidés, car ils étaient les survivants d'un grand naufrage religieux. Le spectaculaire mouvement de réveil de l'Avent des années 1840 (1), parfois appelé le mouvement Millérite, avait échoué sur les récifs du « grand désappointement » à la fin de 1844. Christ n'était pas venu comme on l'avait prédit avec assurance.

Bien que définitivement guéris de la tentation de fixer une date précise pour la fin des temps, ces rares survivants n'abandonnèrent pas l'espérance de la proximité de l'Avent. Ils conservèrent la plupart des éléments du schéma prophétique précis hérité du mouvement Millérite, et y ajoutèrent la croyance en un jugement préliminaire commencé dans le sanctuaire céleste, l'enseignement de la non-immortalité de l'âme, et l'observation du repos du septième jour. Ils croyaient que le doigt de la prophétie les désignait comme le « reste » des derniers jours (Apoc. 12:17), appelé par Dieu à prêcher la dernière invitation de l'Évangile à toute nation et tribu sur la terre, pour préparer le retour du Christ (Apoc. 14:6-14).

Ces premiers adventistes du septième jour étaient comme une armée pitoyablement décimée, la plupart de leurs compagnons et tous leurs chefs étaient tombés (2), aucune personnalité religieuse ne leur avait fait l'honneur de se joindre à eux. Pour les guider, ils n'avaient aucun homme d'église doté d'un riche passé religieux, ils ne possédaient aucune connaissance sérieuse de la théologie. La plupart d'entre eux étaient assez pauvres, et ils étaient déjà séparés du grand courant de l'église chrétienne ; personne tout bien considéré, ne leur aurait accordé beaucoup de chance de succès, particulièrement après un départ en apparence désastreux. N'était-ce l'influence charismatique de la jeune Ellen White, ils auraient pu déclarer forfait, mais elle contribua à inspirer à ces survivants un sens étonnant de leur mission mondiale pour l'avenir.

Posons la question sans détour : Comment les adventistes du septième jour ont-ils rempli leur mission et enseigné le « message du troisième ange » durant la période 1844-1888 ? Peut-être vaut-il mieux laisser les adventistes répondre eux-mêmes à la question, car de toute façon je ne suis pas le premier à étudier cette période. Un adventiste a résumé cette période, c'est Norval Pease. Dans sa thèse de maîtrise à Andrews University en 1945 (3), il a étudié la position de l'église adventiste avant 1888, au sujet de la doctrine de la justification par la foi ; il a conclu que cette doctrine était presque complètement absente. Il écrit : « Les rapports concernant cette période de quatre décennies n'abondent pas, et les cas où il est fait état de cette doctrine particulière sont relativement peu nombreux » (4). Il poursuit en citant une déclaration de Madame White qui montre que pendant quarante-cinq ans, elle et son mari ont été seuls à enseigner cette doctrine (5). Les livres et journaux adventistes de cette période confirment cette déclaration de Madame White, car « ils révèlent une véritable pénurie en ce domaine » (6). Du 15 août au 19 décembre 1854, la première page de la Review and Herald affichait la liste des « doctrines essentielles enseignées par la Review », et cette liste « ne faisait absolument pas mention de la justification, de la justice de Christ, ou de sujets du même genre » (7). Pease met fin à ses recherches infructueuses pour observer :

Aussi loin qu'on puisse remonter, la ligne générale des quatre décennies qui prennent fin en 1888 est claire. Jusqu'au milieu de la décennie 1880-1890, le sujet de la justification et de la justice par la foi était pratiquement absent des journaux et livres adventistes, si ce n'est quelques mentions exceptionnelles de James White » (8).

Pease rapporte que Madame White dans une réunion en plein air à Rome (New York) le 17 juin 1889, s'est livrée à ce commentaire approprié en déclarant à cette occasion :

« On m'a demandé, que pensez-vous de cette lumière présentée par ces hommes ( A.T. Jones et E.J. Waggoner ) ? Mais je vous ai présenté cette lumière depuis quarante-cinq ans : les qualités incomparables du Christ, c'est ce que j'ai essayé d'exposer devant vous. Quand frère Waggonër a exposé ces idées à Minnéapolis, c'était le premier enseignement clair sur ce sujet que j'entendais exprimer par des lèvres humaines, à l'exception des conversations entre mon mari et moi » (9).

Le jugement de ce pasteur et historien adventiste ne peut être mis en doute. Au cours de la période 1844-1888, les adventistes ont commis l'erreur d'ignorer presque totalement l'article fondamental de la Réformation. A l'exception de quelques brefs commentaires de J. H. Waggoner, la position quasi générale était que la justice acceptable par Dieu réside dans une obéissance à la loi avec l'aide du Saint-Esprit. C'était une position essentiellement semi-pélagienne de la justice par la foi (l'acceptation par Dieu est le résultat de la coopération entre les efforts humain et divin). En d'autres termes, la justification sur la base de la justice du Christ imputée, était subordonnée à la sanctification du croyant obtenue par un changement intérieur. Il n'y eut aucun progrès dans le sens de la position réformée jusqu'aux événements de 1888, sous l'influence de A. T. Jones et E. J. Waggoner.

Nous allons maintenant tenter de soutenir cette thèse en faisant appel à la littérature de cette période, qui révèle à quel point la justification était réduite à une place subordonnée à la manière catholique romaine, par ceux qui au cours des quatre premières décennies enseignaient dans l'adventisme. Quatre caractéristiques essentielles se dégagent de l'approche de l'Évangile par les adventistes du septième jour. En voici les conclusions :

1) La justification était subordonnée à la sanctification en ce sens que la justification ne s'appliquait qu'aux péchés du passé. J. H. Waggoner (10), James White (11), et Uriah Smith (12), expliquaient tous la signification de l'œuvre du Christ comme étant destinée aux péchés du passé uniquement. Cette relégation de la justice du Christ au passé provient de ce que dans les quatre premières décennies, l'enseignement adventiste de l'Évangile de la Réforme ne laissait presque aucune place à l'obéissance active (la vie) de Jésus-Christ, on mettait toujours l'accent sur la mort du Christ pour nos péchés (13). Lorsqu'on parlait de la vie du Christ, c'était simplement comme d'une vie exemplaire (14).

2) On n'accorde à la justification que le rôle de simple justification, cela n'est pas exprimé de cette manière, cela résulte plutôt d'une tendance générale qui ressort des prises de position de cette période : On insiste lourdement sur la loi, et on s'arrête beaucoup moins sur l'Évangile. Prenons un exemple flagrant : un livre publié par Roswell F. Cottrel sous le titre The Bible class : lessons upon the law of God and the faith of Jesus. Dans le titre, les mots « Loi de Dieu » apparaissent en gros caractères, tandis que les mots « Foi de Jésus » sont en beaucoup plus petits caractères. On pourrait excuser cela comme une bévue du typographe, toutefois le livre lui-même consacre les 59 premières pages à une discussion sur la loi, et ensuite seulement 10 pages à la foi de Jésus, à l'Évangile ; la vie de Jésus n'est présentée que comme un exemple à suivre. Plus tard Cottrel s'opposa au message de 1888 (15).

Parce que la préoccupation dominante des adventistes de cette période était la préparation pour le retour du Christ, et en particulier la nécessité d'acquérir une justice suffisante pour subsister au « temps de détresse », ils insistaient tellement sur cet impératif que l'indicatif en était amoindri. Ainsi leur religion devenait hagiocentrique (centrée sur leur sainteté personnelle et non sur Christ).

3) A la lumière de ce qui vient d'être dit, il est aisé de comprendre cette insistance constante jusqu'en 1888, à savoir que l'on est accepté au jugement dernier sur la base de la sanctification personnelle (et en particulier de la grâce intérieure).

J. H. Waggoner affirme cela avec force dans son livre, La justification par la foi. Il combattait l'antinomisme et le calvinisme ; pour lui le jugement sur la base des œuvres portait un coup mortel à la fois à l'antinomisme et à la doctrine calviniste de la « sécurité éternelle » (prédestination). Il considérait le jugement selon les oeuvres comme le complément nécessaire à la justification par la foi.

Pour Uriah Smith, Christ pardonne le passé et procure la grâce et la force qui nous rendent capables d'obéir à l'avenir, et d'obtenir ainsi l'acceptation devant Dieu (16).

Selon les auteurs de cette époque, la régénération intérieure peut-être considérée comme étant soit la justice du Christ, soit la justice de (ou par) la foi. C'est la justice du Christ parce que c'est son œuvre dans le cœur, et c'est la justice de la foi parce qu'elle tire sa source (elle résulte) de la foi (17).

Dans la théologie adventiste de l'alliance, des premières années, l'œuvre du Médiateur dans la nouvelle alliance est minimisée en vue d'obtenir une sanctification acceptable pour le jugement (18). La faiblesse de l'ancienne alliance ne réside pas dans les conditions posées au peuple ni dans la promesse du peuple de remplir ces conditions, mais dans l'incapacité et la défaillance du peuple à observer la loi. C'est pourquoi de nouvelles dispositions étaient nécessaires - Dieu donne sa grâce - la loi est gravée dans le cœur par la régénération, et cela rend le croyant apte à observer la loi de manière acceptable pour subsister lors du jugement de Dieu (19). Ainsi l'individu libéré du péché par sa foi en Jésus, va entrer dans la cité de Dieu en qualité d'observateur de la loi (20). La justification par la loi, explique G.I. Butler, consiste ainsi à espérer trouver la paix avec Dieu par ses propres œuvres, sans reconnaître que c'est l'Esprit qui fait les œuvres en nous, et nous rend aptes à accomplir ce qui nous était impossible sous l'ancienne dispensation : observer la loi. Même maintenant le croyant ne pourrait le faire avec ses propres forces (21). Cet enseignement est étonnamment conforme à la théologie du Concile de Trente, cela n'échappera à personne (22).

4) Un autre élément essentiel des positions du Concile de Trente est le perfectionnisme. Le perfectionnisme régnait implicitement au cours de cette période, mais il devint explicite dans les deux périodes suivantes qui nous restent à étudier. Peut-être ce laps de temps était-il nécessaire pour que la logique de cette position théologique apparaisse au grand jour, cependant ce perfectionnisme commençait déjà à faire surface même au cours des premières décennies du mouvement. Bien que James et Ellen White eussent à l'occasion repris les tenants du perfectionnisme, du « holiness movement » (23), James White ne se privait pas de faire des déclarations qui sentaient décidément le perfectionnisme (24). Sa conception du jugement déjà commencé (en 1844) l'amena à celle du temps de détresse. C'est avant le retour du Christ, une période pendant laquelle les hommes devraient vivre sans Médiateur. En conséquence pour le croyant, subsister pendant ce « temps de détresse » exigerait une vie autrement plus sainte que celle du chrétien qui meurt dans le Seigneur (25).

Il apparaît clairement que Madame White ne partageait pas la même conception que son mari à propos de quelques aspects importants de la religion. LeRoy Edwin Froom a fourni une illustration graphique montrant que James White insistait essentiellement sur la loi, tandis qu'Ellen White insistait sur l'Évangile (26). De plus, James White établissait une distinction entre la préparation pour la mort et la préparation pour être transmué sans passer par la mort. Mais Ellen White affirmait que la même préparation suffisante pour la mort l'est aussi pour être transmué, car de même qu'il n'y a pas de transformation du caractère au retour du Christ, de même il n'y en a pas à la mort ou à la résurrection (27). Un certain désaccord règne à propos de la position de Madame White concernant le perfectionnisme ; personnellement, je ne pense pas qu'on doive nécessairement constater un perfectionnisme dans son œuvre (28).

Si je comprends bien Madame White, il faut convenir que sa tendance évangélique constitue le signe le plus encourageant jusqu'à la conférence générale de 1888 ; cela ressort clairement de ses écrits : Dans la période précédant 1888, elle prit de plus en plus clairement conscience que tout n'allait pas pour le mieux dans l'église du reste (29). Selon Madame White, en raison de toute l'importance donnée à la loi aux dépens de l'Évangile, l'église du reste demeurait prise au piège d'un légalisme desséchant :

« Il y a longtemps que nous désirons et cherchons à obtenir ces bénédictions, mais nous ne les avons pas reçues parce que nous avons cultivé l'idée que nous devions faire quelque chose pour nous rendre dignes de les recevoir. Nous n'avons pas porté nos regards au-delà de nous- mêmes, en ayant la foi que Jésus est un Sauveur vivant » (30).

La communauté du reste était prête pour un avenir meilleur.


Notes du Chapitre 3




4. Une tentative de percée : 1888-1950

Nous venons de constater que la période 1844-1888 en ce qui concerne la doctrine de la justification par la foi, fut au sein de l'adventisme une période de restriction et de disette spirituelles. Mais ce n'est pas tout, certaines des vérités fondamentales du christianisme souffrent de la même disette que la justification. Quand on lit la littérature de l'époque, on n'est jamais tout à fait sûr que la petite communauté du reste va s'en sortir, et devenir ou non vraiment chrétienne !

L'évolution historique aurait pu en réalité s'avérer impitoyable si de façon tout à fait inopinée, ne s'était présenté le réveil de 1888. Lors de la session de la Conférence Générale de 1888 à Minneapolis, la doctrine de la justification par la foi frappe de plein fouet l'église adventiste avec une violence imprévue, c'était comme si la seule raison d'être de ce peuple desséché le rappelait à la vie et à une vision renouvelée. E. J. Waggoner et A. T. Jones furent les propagateurs de cette doctrine, et Madame White elle-même les soutint avec force.

Le message de 1888

Lors de la réunion de la Conférence Générale de 1888, E. J. Waggoner fit des exposés sur la loi et l'Évangile (1), démontrant que le message central de l'épître aux Galates était la justification par la foi, et que la loi dans l'épître aux Galates était la loi morale. Les études se poursuivirent jusqu'au jeudi 25 octobre (2).

Du 17 au 25 octobre, alors que Waggoner présentait ses études, Madame White prononça six méditations matinales pour inviter ses auditeurs à s'unir à Christ (3). Les exposés insistèrent beaucoup sur l'importance de la justification par la foi seule, insistance presque entièrement absente avant les années 80(4). Elle parla de la vérité de la justification par la foi comme ayant été libérée de la « compagnie de l'erreur », et placée dans son vrai contexte - désignant par là l'insistance adventiste sur la loi et l'Évangile. Le matin qui précédait la fin de la série des exposés de Waggoner, le ton des causeries de Madame White changea. Elle déclara : « Je n'ai jamais été aussi inquiète qu'en ce moment » (5). La cause d'une telle inquiétude résidait dans l'indifférence et l'opposition face au message de la justification par la foi donné à l'assemblée de Minneapolis, certains ne supportaient plus Waggoner (6). Toutefois Madame White confirmait l'enseignement du Dr Waggoner sur la justification par la foi seule :

« Je découvre la beauté de la vérité dans la présentation de la justice de Christ, en rapport avec la loi comme le docteur nous l'a présentée... Ce qui a été exposé est en parfaite harmonie avec la lumière qu'il a plu à Dieu de me confier pendant toutes les années de mon expérience. Si nos frères dans le ministère acceptaient la doctrine qui nous a été présentée si clairement, la justice de Christ en relation avec la loi, et je sais qu'ils en ont besoin, la force de leurs préjugés ne l'emporterait plus, et le peuple aurait en temps voulu sa part de nourriture » (7).

Du fait qu'aucun rapport officiel des messages de E. J. Waggoner lors de cette assemblée n'a été conservé, il reste un doute sur ce qu'il a réellement présenté. L. E. Froom affirme que le livre de 96 pages écrit par Waggoner Christ and His Righteousness, est le reflet des messages donnés à cette période. Mais ce livre ne mentionne pas la véritable pomme de discorde : la loi dans l'épître aux Galates, et son lien avec l'Évangile. Dans un ouvrage sur E. J. Waggoner (8), David Mc Mahon est probablement plus près de la vérité lorsqu'il avance que la publication de Waggoner antérieure à 1888 sur l'Évangile dans l'épître aux Galates, est plus proche de ce qu'il a en réalité exposé lors de la Conférence Générale.

Froom déclare que les positions de Waggoner sont exprimées essentiellement dans ses trois livres : Christ and His Righteousness, The Gospel in Creation et The Glad Tidings. Toutefois l'affirmation de Froom qu'il existe « une uniformité et une continuité d'enseignement tout au long des trois livres » (9), est remise en question à la lumière des recherches récentes. Au cours des années 1890, Waggoner évolua vers le panthéisme et les conséquences s'en font sentir dans The Gospel in Creation (1894) et dans The Glad Tidings (1900).

La grande lumière de 1888 a démontré qu'aucune obéissance simplement humaine, quelle que soit son importance, ne peut satisfaire les exigences de la loi divine. Donc, seul Celui qui est à la fois Dieu et homme peut satisfaire en notre faveur aux exigences de la loi, sa justice peut être acquise simplement par la foi. Cette justice n'est pas offerte que pour le passé, mais pour le présent et le futur également. Certainement il y avait là un nouvel accent au sein de l'adventisme. A. T. Jones l'exprime comme suit :

... certains l'acceptèrent (le message de Minneapolis en 1888) tel qu'il fut proclamé, et se réjouirent en apprenant que Dieu dispose d'une justice suffisante pour affronter le jugement, et être accepté à ses yeux, une justice infiniment meilleure que tout ce qu'on pourrait fabriquer avec des années et des années de dur labeur. Les fidèles s'étaient quasiment exténués pour tenter de fabriquer une justice d'un niveau suffisant pour subsister pendant le temps de détresse, et au retour du Seigneur aller à sa rencontre en paix, mais ils n'y étaient pas parvenus. Ils se réjouirent tellement de découvrir que Dieu avait tissé une robe de justice, et l'offrait comme un don gratuit à tous ceux qui voulaient s'en revêtir, et qui voulaient répondre à son offre aussi bien maintenant qu'au temps des plaies, qu'au temps du jugement et pour l'éternité, qu'ils acceptèrent avec joie le message tel que Dieu le donnait, et en remercièrent de tout leur cœur le Seigneur (10).

L'idée que le croyant n'a aucune part dans Ia confection de la robe de justice, mais doit se borner à l'accepter uniquement, allait à l'encontre du semi-pélagianisme du moment, et ne pouvait vraiment manquer de provoquer une réaction. Toutefois bien que ce fût un progrès, Jones et Waggoner en 1888 considéraient encore la justification, au moins pour une part, comme une œuvre de transformation subjective ; ils voyaient la justification rendre le pécheur juste (11). Ils ne distinguaient pas clairement entre justice imputée et justice impartie (12).

Comme nous l'avons déjà vu, la grande lumière de 1888 démontrait que Christ était notre Substitut pour la sainteté de vie. Mais Jones et Waggoner ne distinguèrent pas clairement le sens profond donné par Paul et par la Réformation à cette justice qui justifie, tout en demeurant à l'extérieur du croyant. La porte restait ouverte pour considérer cette substitution en termes d'ontologie et de morale plutôt qu'en termes légaux et juridiques ; Waggoner et Jones s'égarèrent bientôt. Déjà en 1891, Waggoner était parvenu à la conclusion que ce qui se passe au ciel n'a pas d'influence du tout sur le problème du péché, ce qui compte c'est ce qui se passe dans la personne du pécheur (13). Waggoner poursuivit la logique de ses conceptions jusqu'à aboutir au panthéisme (14).

Le problème du renouveau de 1888 est double. En premier lieu, bien que Waggoner et Jones aient fait un pas en direction de la Réformation en insistant sur la nécessité de la vie et de la mort de l'homme-Dieu pour subsister au jugement, ils manquèrent de la lucidité nécessaire pour discerner intégralement la perspective réformée du Christ seul. En second lieu, le message rencontra plus d'opposition que d'écho favorable, cela veut dire que Waggoner et Jones furent privés d'une recherche collective de la vérité, recherche qui aurait pu les préserver du panthéisme, et mettre fermement sur la voie de l'Évangile de la Réformation la communauté adventiste. Nous pouvons résumer l'ensemble de cette période en général, et la période de 1888 en particulier, avec les phrases suivantes de Madame White :

... la justification par la foi... est le message du troisième ange en vérité... jusqu'ici nous n'avons certainement pas contemplé la lumière qui correspond à cette description » (15).
« Nous n'avons que des lueurs émanant des rayons de la lumière qui doit encore nous parvenir. Nous ne tirons pas parti au maximum de la lumière que nous avons déjà reçue de Dieu, et ainsi nous ne réussissons pas à obtenir une plus grande lumière ; nous ne marchons pas dans la lumière déjà répandue sur nous » (16).

Les lendemains de la crise de 1888

En dépit de l'opposition à la justification par la foi lors de la Conférence Générale de Minneapolis, Waggoner, Jones et Madame White, voyagèrent à travers le pays après 1888 pour prêcher sur le thème de la justice du Christ. Madame White ne ménagea pas ses vigoureux reproches aux dirigeants pour leur opposition (17), même après son départ en Australie en 1891 (18). Certains se repentirent de leur opposition, d'autres persistèrent.

La période qui s'étend de 1901 au début des années 1920 (lorsque l'église fut réorganisée en vue d'une plus grande efficacité de l'œuvre missionnaire), fut le temps de l'organisation et de l'extension de l'œuvre (19). Cette organisation fut en grande partie le résultat de la crise panthéiste par laquelle passa l'église adventiste au cours des premières années de ce siècle. Le brillant Docteur Kellog, avec l'assistance de A.T. Jones et E.J. Waggoner, chercha à faire accepter par l'église la conception extrémiste de l'habitation de Christ dans son « temple », une vue qui aboutissait au panthéisme. La grande préparation pour le jour du Seigneur devint la purification du temple du cœur humain, approche qui conduisit à l'extrême la notion de l'intériorisation de la justification que Wagoner avait adoptée après 1888.

Un Adventiste, Robert Haddock, a précisé qu'après la crise de 1905 l'Église est retournée à la position conservatrice antérieure à 1888 (20). C'est probablement une évaluation exacte de la période 1888-1950 dans son ensemble, et c'est un fait reconnu par les « apologies » de l'Église au sujet de sa réponse au message de 1888. Néanmoins le réveil de 1888 concernant tout le problème de la justice par la foi a profondément troublé la conscience adventiste depuis lors.

Froom a considéré le conflit de 1888 principalement comme un conflit entre les « points distinctifs » de l'adventisme et les vérités éternelles de l'église chrétienne. Dans sa période initiale (1844-1888), l'adventisme a dans une certaine mesure récapitulé l'histoire de l'église chrétienne. Coupés du grand courant chrétien, les adventistes de cette époque étaient indécis en ce qui concerne certaines des grandes vérités chrétiennes, essentiellement la Trinité, la divinité du Christ, la nature humaine sans péché du Christ (21), et son œuvre d'expiation achevée à la Croix. Froom considère 1888 comme un grand pas en avant dans la mesure où il conduit l'adventisme à régler entièrement les questions de la doctrine de la Trinité et de la pleine divinité du Christ. Cependant il admet que le réveil n'a pas achevé le rétablissement de ce qu'il a appelé « les vérités éternelles ». On peut penser qu'il avait le sentiment de contribuer personnellement au règlement des problèmes concernant la nature humaine du Christ et de son œuvre d'expiation achevée à la Croix, au sein de l'adventisme. Toutefois la discussion sur ces questions n'eut pas lieu avant les années 1950, c'est pourquoi nous devons renvoyer l'examen de ce problème plus loin.

Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi après la crise panthéiste de 1905, l'Église s'est repliée sur elle-même, tout spécialement lorsqu'on considère que ceux-là mêmes qui ont tenté d'innover en 1888 se sont trouvés être les promoteurs de l'hérésie panthéiste. Il faudra attendre la seconde moitié de notre siècle pour progresser encore, car les faits démontrent que la communauté adventiste n'a plus réalisé de progrès sensible en théologie jusqu'aux années 1950. De 1905 aux années 1920, W. W. Prescott seul fit preuve d'un esprit créatif dans le domaine de l'Évangile. Et à l'exception de quelques points lumineux çà et là, il ne put entraîner le mouvement vers des pâturages théologiques plus verdoyants. Comme nous le verrons, il y eut une tentative de revivifier l'adventisme par le moyen du mouvement de sainteté (Holiness Movement). Mais cela fut plutôt un frein qu'un progrès dans le sens de la réalisation du but recherché par l'adventisme, à savoir la poursuite de l'œuvre de la réforme protestante.

La justification jusqu'en 1950

Au cours de la période 1888-1950, les adventistes n'étaient pas unanimement d'accord sur la définition de la justification. Certains par exemple, définissaient la justification dans le sens catholique romain de rendre juste (22). Dans une brochure publiée vers le milieu de la décennie 1890, E. J. Waggoner semble avoir admis cette définition indiscutablement romaine (23), et en dépit de l'opposition qu'il rencontra du fait de sa position catholique romaine (24), il s'en tint à cette conception de la justification. De plus cette tendance de Waggoner à intérioriser la justification, s'accentua comme on peut le constater d'après les ouvrages que nous avons déjà cités (25).

Il est difficile de comprendre comment Froom a pu donner son aval à ces écrits de Waggoner (26) ; Froom a affirmé que Waggoner a toujours été correct sur le sujet de la justification par la foi. Ou bien Froom a voulu « blanchir la réputation » de Waggoner, ou bien lui-même était incapable de distinguer entre les positions catholiques romaines et protestantes, sur la signification de la justification (27).

D'autres hommes adoptèrent la position anti- protestante qui veut que justifier ait le sens de rendre juste, parmi eux H. A. St. John (28), Charles T. Everson (29), A. G. Daniells (30), A. W. Spalding (31) et Bruno Steinweg (32). La tendance générale au sein de l'adventisme cependant, est restée la conception vraiment protestante du sens de la justification (33). W. H. Branson (34), Norval Pease (35), ainsi qu'une quantité d'autres auteurs, s'accordent pour affirmer que le sens de justifier est de déclarer juste. Sur ce point à part les exceptions, le mouvement a suivi Luther et Calvin.

Nous avons vu que chez les Réformateurs, la justification occupe la place d'article principal autour duquel tous les autres articles s'ordonnent, ou selon les propres termes de Calvin, « l'axe autour duquel toute vraie religion gravite ». Nous avons vu également que dans la période 1844-1888, cette caractéristique essentielle de la théologie de la Réformation n'a pas été en honneur. Qu'en est-il de la période 1888-1950 ? On doit convenir que pendant cette période, la justification est en général subordonnée à la sanctification à la manière catholique romaine.

Nous ferons deux observations concernant ce problème :

1) La justification est subordonnée dans la mesure où elle ne s'applique qu'aux péchés passés. M. C. Wilcox se conformant à la tradition d'avant 1888, affirme franchement que « la justification... s'applique toujours au passé » (36). Cette tendance essentiellement Wesleyenne se comprend aisément quand on garde présente à l'esprit l'origine Wesleyenne du mouvement, mais nous devons critiquer une pareille orientation à la lumière de l'affirmation adventiste, de poursuivre l'œuvre de la Réformation (37). Steinweg affirme que C. P. Bollman a souvent écrit sur le thème de la justification par la foi (38). S'il est vrai que cet auteur faisait la distinction entre justification et sanctification, il reléguait toutefois la justification au début de l'expérience chrétienne. Edwin Keck Slade, dans The Way of Life, corrige cette tendance, il présente la justification comme s'appliquant au passé, au présent et à l'avenir (39).

2) En accord avec la conception des premiers adventistes de 1844 à 1888, la justification remplit un rôle subalterne, elle n'est que la justification, seulement la justification. Norval Pease parle d'être « simplement justifié », montrant que dans son esprit cette subordination est claire (40). Le manuscrit de Steinweg (41) se rapproche de celui de Pease écrit quelques années auparavant ; il est assez intéressant de constater que Steinweg parle également d'être « simplement justifié »